Communication, n° 43/1 | 2026 : "Traces et approches des usages dans la culture populaire et médiatique (1880-2020)" (dir. Matthieu Letourneux, Chantal Savoie)
Les études littéraires et artistiques ont longtemps été dominées par une approche textualiste qui oscillait entre une perspective historiciste valorisant l’intentionnalité auctoriale et une approche herméneutique se concentrant sur un canon plus ou moins élargi. Comme l’a montré Terry Eagleton (2000), cette manière d’envisager la littérature par le prisme des grands auteurs, de leur fortune et de leur rapport à une culture de transmission, s’inscrit dans l’histoire du rôle que la modernité attribue à la culture. Elle a conduit la discipline à longtemps délaisser la question des usages des œuvres ou des lectures divergentes, du moins quand celles-ci ne contribuaient pas à cette lecture civilisationnelle de la culture1. C’est ce qui explique que les études littéraires et artistiques, dans le monde francophone en général, mais en France tout particulièrement, soient longtemps restées étrangères à la bascule opérée par les cultural studies du côté des usages, dont « Codage/décodage », le fameux texte de Stuart Hall (1994/1973), donnait l’orientation politique. Une telle bascule vers les publics, qui a révolutionné l’approche des productions de la culture de masse, est longtemps restée sous-estimée par les disciplines littéraires et artistiques, alors même que certains des textes ayant joué le plus grand rôle dans cette bascule étaient français, [...]
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